Revue cinéma : "Je ne suis pas un homme facile" d'Eleonore Pourriat

Disclaimer : je n'avais PAS DU TOUT prévu de faire une "critique" ce mois-ci. D'ailleurs, ça faisait un moment que je préparais un article sur les enjeux de la maternité (qui est en réalité déjà, plus ou moins, prêt à être publié), que j'ai finalement décidé de publier pour le mois prochain.


Vous connaissez ce sentiment de vide quand vous finissez une série ? L'impression que votre vie n'a plus aucun sens ? C'est exactement ce que j'ai ressenti après avoir "binge watcher" Mindhunter. Le vide. Je me trouvais face à mon écran de téléphone, sur l'application de Netflix, avec la désagréable sensation que je ne connaîtrais plus de moment aussi intense qu'après avoir fini cette première saison (chose qui arrive environ à chaque fois que je fini une série).

Bref. Après trente minutes de crise existentielle à me demander ce que j'allais bien pouvoir faire désormais de ma misérable vie, j'ai décidé de faire un tour sur la page d'accueil et là, je vois ça :


L'image et le titre sont assez explicites. Je savais, sans même regarder la bande annonce ou lire le résumé de trois lignes et demi, qu'il s'agirait d'un film qui inverserait la courbe de l'oppression sexiste en faveur des femmes. Par curiosité, je l'ajoute dans ma liste pour regarder plus tard. J'avoue que je n'avais pas d'attente particulière concernant le film, je voulais juste lui donner sa chance. Puis, je n'avais rien à perdre si ce n'est à peu près 1h30 de ma vie...

Finalement, c'est mercredi dernier que je me décide à le regarder avant d'aller me coucher. À ce moment là je n'avais toujours pas lu le résumé ou les critiques, ni regarder la bande annonce, alors pas étonnant que ma première déception soit de me rendre compte qu'il s'agit d'un film français, et pire encore : d'une COMÉDIE FRANÇAISE. J'ai même lâché quelques larmes de sang quand, un peu plus tard dans le film, j'ai fini par me rendre compte qu'il s'agissait d'une COMÉDIE ROMANTIQUE FRANÇAISE. Le film ne partait donc pas pour me plaire et j'étais déjà saoulée avant même d'arriver à la moitié, mais ici on ne parlera pas de la médiocrité des comédies romantiques françaises, seulement du film en soi.


Qu'est ce qui ne va pas avec Je ne suis pas un homme facile ?




La première chose sur laquelle je voudrais revenir est la première scène du film. Dans cette fameuse première scène, on voit le personnage principal du nom de Damien (joué par Vincent Elbaz), enfant, qui se prépare avec ses camarades pour un spectacle d'école. L'une de ses camarades qui devait jouer le rôle de Blanche-Neige est absente. Lorsque la maîtresse demande s'il y a un volontaire pour ce rôle, Damien lève la main. Tout le monde se moque de lui mais il ne s'en soucie pas. Il a même l'air plutôt heureux, amusé voire excité à l'idée de jouer le rôle de Blanche-Neige. Sauf qu'une fois sur scène, dans sa robe de princesse, les moqueries des mamans dans le public et de ses camarades dans les coulisses lui font réaliser que dans ce monde les garçons ne peuvent pas être des princesses... Alors, c'est touchant raconté comme ça, mais en réalité on ne voit pas trop le lien entre cette première scène et le reste du film. Quel est le rapport entre cet épisode a priori traumatisant de l'enfance de Damien (imaginez vous trente secondes vivre cette scène s'il vous plaît, c'est hyper violent pour un enfant !), et le comportement infect qu'il aura tout au long du film ? À moins que la réalisatrice ait choisi d'établir un lien douteux entre les moqueries du petit Damien en robe de princesse, et le mépris du Damien adulte envers la gente féminine, je ne vois pas trop ce que cette scène peut avoir de significative dans le film. Malgré tout, il s'agit, à mon sens, de la seule scène du film qui importe. La seule qui m'ait réellement touché... elle sera malheureusement tourné en dérision la minute d'après (les joies de la comédie française).

Au delà du fait que ce soit une comédie romantique française, ce qui devrait suffire à vous dissuader de regarder ce film, le personnage de Damien est insupportable du début jusqu'à la fin. Certes, c'était un peu le but. Damien représente tout ce qu'une femme avec un minimum d'amour-propre hait au plus haut point : machiste, beauf et arrogant. Sauf que le but de ce genre de comédie, dans mes souvenirs, est de faire prendre conscience au personnage que son comportement est exécrable. Un peu comme dans Qu'est ce qu'on a fait au bon Dieu dont le but était de montrer que le racisme c'est mal et que vos petites poupées de porcelaine à la peau pâle pouvaient aussi être heureuses avec un partenaire non-blanc et non-catholique ; ou encore comme dans Agathe Cléry (et le blackface de Valérie Lemercier dont Griezmann s'est sûrement inspiré) qui voulait dénoncer la négrophobie du personnage d'Agathe en la mettant dans la peau d'une noire (noirceur d'ailleurs associée dans le film à une maladie...). Les mauvaises comédies françaises partent généralement d'un bon sentiment en cherchant à dénoncer maladroitement les discriminations qui pourrissent notre société ; et généralement, elles le font à travers un schéma classique qui consiste à faire en sorte que le personnage principal confronte de fait la discrimination dont il fait preuve. Dans Qu'est ce qu'on a fait au bon dieu les beaux-parents  faisaient face à leurs beaux-fils de diverses origines et religions. Dans Agathe Cléry, Agathe se retrouvait dans la peau d'une noire. Ici, dans Je ne suis pas un homme facile, Damien se retrouve "piéger" dans une société misandre. Alors évidemment, je me suis dit que comme dans n'importe quelle comédie de ce style, Damien allait se rendre compte que c'était un hideux misogyne et allait finir par changer. Que nenni ! Durant absolument tout le film, Damien ne se plaint pas des inégalités sociales dont il est à présent victime à la place des femmes, mais se plaint d'avoir perdu ce statut privilégié à présent réservé aux femmes. Ce qui le dérange ce n'est pas d'être en position de faiblesse, mais de voir des femmes en position de pouvoir. À aucun moment il n'accepte son sort, et passera tout le film à tenter d'exercer comme il peut son sexisme afin de rétablir tant bien que mal l'ordre social dans lequel il se plait, c'est-à-dire, celui dans lequel il a du pouvoir sur les femmes.

C'est dommage parce qu'en réalité, ça aurait pu être un bon film. Vraiment. La réalisatrice aborde plusieurs problématiques comme le sexisme envers les femmes musulmanes notamment dans une scène où la barista refuse de servir deux hommes voilés, les agressions sexuelles avec la scène où une femme tente d'abuser de Damien ivre, ou encore la violence de l'antiféminisme dans la scène de la manifestation d'une association masculiste (RAPPEL : il s'agit d'une société fictive dans laquelle les hommes sont opprimés par les femmes). Ça aurait pu être un bon film si ces problématiques n'avaient pas été survolées et beaucoup mieux traitées. Ça aurait pu être un bon film si l'humour n'était pas aussi lourd et bourrin. Ça aurait pu être un bon film si le tout n'était pas saupoudré d'une pseudo-romance qui n'avait strictement rien à faire là. Tiens parlons-en de cette fameuse romance entre Damien et Alexandra (joué Marie-Sophie Ferdane) : la réalisatrice n'a même pas fait semblant de vouloir mettre en scène une histoire d'amour entre eux qui aurait pour but de changer Damien et sa vision sexiste du monde (c'est généralement le cas dans les comédies romantiques). Ses sentiments pour Alexandra n'ont eu aucun effet sur sa personnalité imbuvable, et ça doit bien être la seule chose qui n'est pas changé dans ce monde sexiste alternatif : une femme ne peut pas changer une merde en diamant un homme (de toute façon, ce n'est pas notre rôle).

Pour résumé : il n'y a rien qui va dans ce film. C'est une comédie romantique française (et j'insiste sur la nullité de ce type de film) dans laquelle on inverse le rapport de domination comme si cela avait un quelconque effet d’éveil de conscience chez les groupes dominants (et combien même ils seraient conscients de leur statut privilégié, pour rien au monde ils voudraient céder leur place, même au nom de l'égalité), et les problématiques sont tellement survolées que même moi je n'ai pas pu prendre au sérieux ce film et ses revendications. En plus pour une comédie, on est plutôt sur un humour simpliste, beauf et cliché... donc digne d'une comédie finalement (même si j'avoue avoir souris pendant la scène où Damien couche avec Sybille [joué par Blanche Gardin] qui, centrée sur son propre plaisir sexuelle finira par se coucher et s'endormir après avoir jouit. Voir la frustration sexuelle dans les yeux de Damien fut succulent.)

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