Féminisme et religion.

octobre 05, 2017
Disclaimer : avant de commencer l'article, je tiens à préciser que je ne souhaite en aucun cas imposer un modèle de militantisme féministe à qui que ce soit. Si certains de mes propos semblent paternalistes, je m'en excuse d'avance. Je tiens aussi à préciser que lorsque je parle de religion, je ne parle que de ce que je connais, c'est-à-dire le christianisme, et plus généralement les religions abrahamiques. Bien qu'ayant grandi dans une famille chrétienne et n'ai donc pas la prétention d'affirmer que je sais tout du judaïsme et de l'islam, ces religions, malgré leurs quelques divergences, sont toutes problématiques sur leurs autres nombreux points communs, dont la misogynie que je vais traiter dans cette article. Je précise aussi qu'en tant que personne athée, je n'obéis à aucune lois divines. L'interdiction de blasphémer ne me concerne donc absolument pas. Ce n'est pas du tout mon objectif ici de manquer de respect à votre dieu et vos illuminés (ou même de critiquer les religions abrahamiques puisque je vais centrer mon propos sur une chose en particulier), mais si c'est le cas : je ne suis pas désolé, et je ne rectifierai pas mes propos. Encore une fois, le blasphème ne concerne pas les non-religieux. On ne peut pas manquer de respect à quelque chose auquel on ne croit pas. Cependant, cela n'est pas à prendre personnellement en tant que religieux, si j'émets une critique envers votre dieu ou vos illuminés que vous pouvez trouver offensante, comprenez qu'elle ne vous concerne pas en tant qu'individu. Vous n'êtes en aucun cas les cibles.

Avant Ève, ou la genèse de la misogynie


Lady Lilith (1866-1868), Dante Gabriel Rossetti 

Avant de commencer, j'aimerais vous parler de la première femme créée par Dieu. Non, il ne s'agit pas d’Ève, mais de Lilith. Lilith fut la première femme d'Adam et contrairement à Ève, elle ne fut pas créée de la côte de celui-ci mais de la même manière que celui-ci et en même temps. De ce fait, Lilith née fondamentalement égale à Adam. Cependant, si Lilith fut remplacée par Ève, c'est justement parce qu'elle revendiquait cette égalité. Elle refusait de coucher avec Adam en position de missionnaire (autrement dit, l'homme au dessus de la femme), et seulement dans une position où elle aurait le dessus sur lui (la position d'Andromaque ou que sais-je) ou une position égalitaire comme la position de la cuillère où il n'y a aucune domination de l'un sur l'autre. En dehors des positions sexuelles, elle contestait l'autorité d'Adam de manière générale. Celui-ci implora donc son Dieu de lui créer une nouvelle femme docile qui ne contesterait pas sa position de mâle dominant. Depuis, Lilith est diabolisée. Elle est devenue un démon, et pas n'importe lequel, mais la reine des succubes représentant un danger pour les femmes et leurs progénitures, mais aussi pour les hommes qu'elle séduit et éloigne du droit chemin. Dans la culture populaire, l'image de Lilith a été reprise par les féministes, et c'est aussi pour ça que j'en parle. Je me voyais mal parler du rapport du féminisme à la religion sans une petit introduction à la fameuse Lilith !

Voir aussi : Lilith la Noire

Pourquoi être féministe et religieuse est une démarche paradoxale


Les religions abrahamiques sont foncièrement misogynes quoi que l'on vous dise et peu importe le petit nombre de verset (et la façon dont les religieux les détournent et les interprètent) ou les héroïnes qu'on vous citera valorisant plus ou moins la femme. Le rapport de la femme à l'homme, d'un point de vue religieux, est un rapport de subordination. La femme ne vaut pas l'homme (SAUF aux yeux de Dieu : lorsqu'ils sont jugés par celui-ci il n'y a aucune différence de considération et Dieu n'en attend pas plus de la femme que de l'homme et vice-versa). La différence de traitement accordée à Lilith, qui revendiquait une égalité de considération et rejetait toute forme de domination de la part d'Adam, par rapport à Ève, qui fut créée pour être tout l'opposé de Lilith, en est une démonstration explicite. Ève a été créée pour Adam et non en tant qu'individu singulier (Genèse 2:18 : L’Éternel Dieu dit : Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; je lui ferai une aide qui lui corresponde). La femme complète l'homme. Elle n'existe pas en tant qu'individu singulier mais est là pour le servir, parce que sans elle l'homme ne semblerait pas pouvoir s'en sortir. C'est une forme de servitude volontaire et naturelle (1 Corinthiens 11:3 : Le Christ est le chef de tout homme, l'homme est le chef de la femme, et Dieu le chef du Christ).

Concernant les féministes religieuses, dans les faits, je n'accorde pas vraiment d'importance à leur croyance religieuse. Je ne suis pas une militante athée radicale qui souhaite les éloigner de l'obscurantisme religieux, c'est très loin d'être l'une de mes préoccupations ; mais pour moi, il est impossible de totalement consolider sa foi religieuse avec le féminisme. En effet, il y aura forcément plusieurs points sur lesquelles vous serez problématiques que ce soit du côté de votre religion ou du féminisme. Appartenir à une des religions abrahamiques en tant que féminisme c'est reconnaître l'imperfection de Dieu. Je m'explique : vous aurez beau dire que les livres saints ont été écrit par des hommes, ce qui a été écrit correspond a priori à l'ensemble des témoignages d'illuminés qui ont eux-même entendu la parole de Dieu. Ils n'ont a priori pas inventé ce qui est raconté, et même si pratiquement tous les livres saints ont connus des modifications ou des réécritures, dans les grandes lignes c'est toujours le même récit depuis des années. Quand un illuminé vous rapporte que la femme doit un dévouement totale à son mari (cf. Colossiens 3:18), c'est parce que Dieu le lui a dit. Être féministe et revendiquer une égalité des droits et de traitement entre les hommes et les femmes et par conséquent rejeter l'idée de soumission de l'un à l'autre, c'est rejeter ce que Dieu a transmis aux illuminés qui vous ont à leur tour transmis ses commandements. Vous vous opposez donc à votre Dieu. Vous ne pouvez pas réécrire les livres saints contenant la parole Dieu qui vous a été transmise par ses disciples en choisissant les versets qui vous plaisent et en rejetant ceux qui s'opposent à votre féminisme. L'idée de modernisation des religions est totalement absurde puisque la parole de Dieu est intemporel. Affirmer que ses croyances religieuses ne s'oppose pas au féminisme en brandissant l'argumentaire selon lequel tel livre saint à été écrit à une époque et donc que tel verset ou tel commandement n'est plus à prendre en considération devrait être considéré comme une forme de blasphème : au nom de quoi, créature de Dieu, te permets-tu de rejeter des commandements que Dieu t'a transmis sous prétexte que le contexte social de l'époque à laquelle ses commandements ont été révélé ne correspond plus à notre époque ? "Aucun homme n'est légitime pour déplacer une virgule, abroger un verset" (Michel Onfray dans Penser l'islam). On annule pas un verset biblique (ou autre) en un claquement de doigt, sous prétexte qu'il ne nous plaît pas !

Cependant, dans le cas où, féministe religieuse, tu serais totalement en phase avec ta religion abrahamique, cela ferait de toi une féministe hypocrite ne serait-ce que concernant la revendication des femmes à être les seules à avoir leur mot à dire sur le traitement qu'elles accordent à leurs corps. La pudicité prônée par les religions abrahamiques t'amènera forcément au slutshame, et ta foi religieuse à t'opposer à l'avortement (parce que l'embryon est une créature de Dieu qui possède déjà une âme spirituelle, n'est-ce pas ?).


Il est donc, à mon sens, absurde et paradoxale de se dire féministe lorsqu'on appartient à une des trois religions abrahamiques. Dans le cas où l'on se positionnerait fermement comme étant féministe, cela irait à l'encontre des commandements religieux auxquels nous sommes censés nous soumettre. A contrario, lorsque l'on se positionne fermement comme étant une religieuse pratiquante en accord avec les commandements du Dieu d'Abraham, on se retrouve forcément à s'opposer à certaines revendications féministes comme la libre disposition de son corps prônée depuis l’émergence du mouvement.

À lire : "Les quatre femmes de Dieu: la putain, la sorcière, la sainte & Bécassine" de Guy Bechtel

Aucun commentaire:

© Christie K-M. Fourni par Blogger.