Manspreading, domination masculine et féminisme.

"Tant qu'une seule femme sur la planète subira les effets du sexisme, la lutte des femmes sera légitime, et le féminisme nécessaire." - Isabelle Alonso



Depuis quelques mois en France a lieu un débat autour du manspreading (ou man-sitting). Ce terme, qui est apparu aux États-Unis en 2014, renvoie à "l'occupation corporelle masculine d'un espace restreint". En somme, le fait qu'un homme prenne plus de place qu'il ne devrait dans un espace public, par exemple (et plus communément) dans les transports où ces messieurs ont la fâcheuse tendance à écarter les jambes au point d'imposer leur présence sur le siège de leur voisinE.


De nombreux arguments ont été émis concernant le "ridicule" de cette polémique. D'après les hommes, écarter ses jambes est une nécessité en vue de la grosseur du paquet qui se trouve au niveau de leur entrejambe et de la sensibilité de celui-ci. Pour certains encore, c'est ainsi que la nature est faite : s'asseoir normalement ne serait pas une position naturelle chez les hommes, ils ont besoin d'écarter excessivement les jambes car c'est l'unique position dans laquelle ils se sentent à l'aise. Mais pour d'autres encore il s'agit juste d'un manque d'éducation, de savoir vivre, qui n'a donc strictement rien à voir avec le combat féministe. Alors n'étant pas un homme, je ne sais rien du volume et de la sensibilité des testicules qui justifieraient une manière de s'asseoir, et encore moins sur ce qui paraît plus naturel ou non aux hommes, mais je sais que le manspreading et la domination masculine de l'espace est une problématique foncièrement féministe. Pour comprendre le manspreading, et surtout pourquoi cette pratique est oppressante, il faut penser au-delà du simple fait qu'un abruti vienne caler sa jambe sur ton siège, c'est bien plus profond que ça. En vérité, ce n'est pas juste un abruti qui cale sa jambe sur ton siège, c'est un abruti qui cale sa jambe sur ton siège car il se sent LÉGITIME à le faire. Et il a le droit, parce que c'est un homme. Les hommes dominent tous les espaces, au sens figuré comme au sens propre. Dans la langue française, c'est le masculin qui l'emporte sur le féminin (même pour désigner un groupe de personne composé de plusieurs femmes et d'UN SEUL HOMME, on désignera le groupe par "ils"). Les noms des rues ou des écoles en France porte pour la majorité des noms de personnalités masculines. Les femmes sont effacées de la culture littéraire française ou des sciences, aux profits des hommes qui sont mis en avant pour leur génie. De l'autre côté, les femmes ont tendance à s'effacer, à s’éclipser, sans protester. Pour reprendre l'exemple du manspreading, elles vont serrer les jambes, voire s'écarter, pour faire plus d'espace à un individu qui en prend déjà trop. Alors, la lutte contre le manspreading est il une lutte féministe ? Oui, car le féminisme, qui prône l'égalité homme-femme, combat par conséquent la domination oppressive masculine, et cela, dans tous les domaines où cette domination s'exerce, même ceux qui paraissent moins importants. Le féminisme ne fait pas une hiérarchie des luttes dans son combat contre l'oppression masculine, lutter contre l'excision n'est pas plus important que de lutter pour l'égalité des salaires, le droit à l'avortement ou... le manspreading, car toutes ces luttes ont le même objectif : détruire le patriarcat. Peu importe comment il s'exerce, la source est la même : la domination masculine. La lutte pour le droit à l'avortement est une lutte contre la domination masculine du ventre féminin, la lutte contre l'excision est une lutte contre la domination masculine sur le sexe féminin, la lutte contre le manspreading est une lutte contre la domination masculine de l'espace qui étouffe et oppresse les femmes.

Donc non, le manspreading n'est pas juste une question de savoir vivre, de problème lié au volume et à la sensibilité d'une misérable paire de couilles ou de confort.


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